PARACHAT BEHAR

La Guémara nous rapporte (Yébamot 62b) que Rabbi Akiva avait vingt-quatre mille élèves mais comme ils ne se respectaient pas mutuellement, une plaie se développa à cause de laquelle tous périrent. C est pour cette raison que les semaines qui séparent Pessa’h de Chavouot sont endeuillées, car c’est à cette période que les disciples de Rabbi Akiva moururent.

Pourtant, l’enseignement le plus célèbre de Rabbi Akiva est : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Vayikra 19 ; 18), c’est un principe fondamental de la Torah ». On aurait pu s’attendre à ce que ses propres élèves nous offrent une attitude exemplaire dans la pratique de ce précepte. Comment eux, parmi tous les autres, faillirent à cette démonstration du principe fondamental que prônait leur maître ?

En fait, ce fut précisément leur empressement dans l’accomplissement de cet enseignement qui les conduisit à leur défaillance.

Hazal nous enseignent que : « De même que chaque être diffère de l’autre par ses traits physiques, de même il diffère par son esprit ». Ainsi donc, lorsque les vingt-quatre mille élèves étudiaient les principes de leur maître, c’était vingt-quatre mille nuances de compréhension, puisque les mêmes enseignements étaient appréhendés par vingt quatre mille intellects, chacun différent des vingt-trois mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres.

Si les élèves de Rabbi Akiva avaient été moins concernés par le bien-être de leur prochain, cela n’aurait pas eu un grand impact, mais comme chacun aimait son prochain comme lui-même, il ressentait que c’était de son devoir de le corriger de son attitude erronée et de l’éclairer sur le véritable sens des enseignements de leur Maître. Et pour la même raison, ils ne se sentaient pas capables de feindre un respect mutuel hypocrite alors qu’ils pensaient sincèrement que les autres étaient dans l’erreur, et ce, même à un degré moindre.

Plus la personne est grande, plus sont élevés les critères par lesquels elle est jugée. Selon les paroles de nos Sages (Baba Kama 50a) : « Avec le Tsadik, Hashem est pointilleux avec l’exactitude du diamètre d’un cheveu » (C'est-à-dire qu’Hashem ne lui pardonne rien, même pas quelque chose qu’on aurait pu laisser passer pour une autre personne de niveau spirituel moindre). Ainsi, ce qui aurait été considéré comme mineur pour des hommes comme nous, eut un effet catastrophique sur les élèves de Rabbi Akiva. Mais Hazal choisirent de transmettre cette histoire à la postérité par l’intermédiaire d’une série de lois qui gouvernent notre comportement chaque année pendant la période du Omer. Car depuis Pessa’h jusqu’au 33 du Omer inclu, c'est-à-dire jusqu’au matin du 34 du Omer :

  • On ne se marie pas
  • On ne se coupe pas ni les cheveux ni la barbe
  • On n’écoute pas de musique
  • On ne danse pas

C’est donc qu’apparemment, nous aussi nous avons quelque chose à apprendre de ce qui se passa avec les élèves de Rabbi Akiva.

Nous devons tirer des enseignements de leurs qualités tout comme de leurs fautes. L’enseignement sera donc double :

D’un côté, nous devons apprendre à nous soucier suffisamment de nos prochains pour ne pas rester indifférents à leurs erreurs et ne pas nous accommoder de leurs faiblesses. L’inverse serait peut-être un comportement social plus facile et plus confortable, mais il ne s’agirait pas de tolérance à leur égard, mais bien d’indifférence vis à vis de leur bien-être.

Mais d’un autre côté, nous ne devons jamais nous permettre, dans quelque mesure que ce soit et dans quelque circonstance que se soit, de diminuer notre respect à leur égard, même s’ils ne répondent pas à notre approche et restent dans leur voie, quelque erronée qu’elle puisse être.

Cela peut paraître paradoxal et ça l’est ! Mais quand il s’agit de nous-mêmes, c’est un paradoxe avec lequel nous nous accommodons fort bien : toute personne psychologiquement saine éprouve pour elle-même de l’amour et en même temps, essaie sans cesse de s’améliorer. C’est donc là un paradoxe que nous devons également cultiver dans nos relations avec autrui. Tempérer nos efforts pour éclairer et améliorer notre prochain avec le respect pour son point de vue et ses sentiments, c’est un principe que Rabbi Akiva considérait comme fondamental dans le projet divin pour la vie et dont Hillel disait : c’est là toute la Tora, tout le reste n’est que commentaire.

En effet, la Guémara Chabbat (31a) nous relate qu’un jour un non juif est venu voir Chammaï et lui dit : « Convertis-moi, mais à condition de m’apprendre toute la Tora pendant le temps que je peux me tenir sur un pied. » Chammaï le chassa en le frappant avec la règle de maçon qu’il avait à la main. L’homme alla trouver Hillel qui le convertit et lui dit : « Ne fais pas à ton prochain ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse, voilà toute la Tora. Le reste n’est que commentaires. Va, et étudies-les. »

PARACHAT KEDOCHIM

Dans notre Paracha, la Torah nous ordonne de juger notre prochain du bon côté (19 – 15).

Le Ramban dans sa Lettre va encore plus loin, en nous demandant de considérer notre prochain comme s’il était meilleur que nous.

Ici un problème de conscience se pose, comment faire pour juger l’autre du bon côté, pour penser qu’il est meilleur que moi ? Si je pense au plus profond de mon être qu’il est mauvais, comment la Torah peut-elle me demander de penser le contraire ? Suis-je obligé de tricher avec mes certitudes ?

Rav Israël Salenter explique qu’on ne parle pas ici d’une approche intellectuelle, si l’autre est moins bon, il est moins bon. C’est une réalité ! La Torah parle plutôt de mon regard, de mes sentiments qui viennent troubler mon jugement.

Il est évident qu’on ne me demande pas d’aller contre la vérité et de trouver blanc ce qui est noir. Mais parfois mon jugement est altéré par mon moi.

Chacun connait ses faiblesses, ses Avérot et ses mauvaises pensées. Imaginons que tous ses défauts se retrouvent chez son voisin, quel regard porterait-il sur lui ? Nous pouvons sans crainte affirmer qu’il le dénigrerait et l’accuserait d’être un hypocrite qui fait semblant d’être religieux, un vrai Racha. Et il s’éloignerait de lui et de sa mauvaise influence.

Pourtant, lorsqu’il fait une introspection et qu’il trouve ces mêmes défauts chez lui, il ne se considère pas comme un Racha. Au contraire, il arrive à trouver une justification à chaque imperfection, chaque vice, chacune de ses faiblesses.

Les exemples sont légions, mais nous n’en citerons qu’un : Celui qui arrive en retard à la Téfila du matin parce qu’il a passé une mauvaise nuit à cause d’un enfant malade, trouve normal son retard. Il a une bonne excuse.  C’est déjà bien qu’il soit là, d’autres seraient restés dans leur lit. Mais, une fois installé à sa place il voit entrer un autre retardataire dans la Choule. Automatiquement, il porte un jugement négatif sur cette personne : « A-t-on idée de venir à la Téfila à cette heure ? Il pourrait faire un effort. » Pourtant, quelques minutes plus tôt, lui aussi est arrivé en retard, mais lui c’est différent, il a de bonnes excuses.

La Guémara Yébamot (25b) dit au nom de Rava : Adam karov Etsel Atsmo (un homme est proche de lui-même). On s’aime trop soi-même pour se trouver des défauts. On arrive à trouver des bonnes justifications pour chacun de nos travers.

On « oublie » ainsi notre mauvais côté. Ce qui, dans le fond, est une bonne chose en soi et une gentillesse divine à notre égard. Si la totalité de nos pêchés était constamment devant nos yeux, nous en serions tristes, abattus et dépressifs. Ne sachant comment s’en sortir tant la tâche semble immense. Nous trouverions nos fautes trop importantes, et, démoralisés nous ne commencerions jamais un processus de Téchouva. Mais, heureusement, l’oubli est là. Et à chaque fois que nous jetons un regard sur nous-mêmes, nous ne nous voyons pas si noir, car nous avons tout oublié.

C’est ce regard positif que nous devons avoir sur autrui. Un regard empreint de miséricorde.

Parfois nous nous querellons avec notre prochain. Et, au lieu de nous calmer et chercher la paix, nous nous persuadons d’avoir raison et nous trouvons tous les défauts du monde à celui qui ose s’opposer à nous. Si bien que très vite nous le considérons comme un Racha.

Le souci, c’est qu’ainsi nous nous aveuglons nous-mêmes et nous ne voyons plus les bons côtés de l’autre et les raisons qui font qu’il se comporte ainsi. Et peut-être qu’après cent vingt ans on nous montrera que c’est lui qui avait raison et que ses raisons étaient meilleures que les nôtres.

Nous ne connaissons les gens que de l’extérieur, nous voyons qu’il n’étudie pas, qu’il ne prie pas et nous portons un jugement. Mais nous ne savons pas ce qui l’a poussé à être comme cela, à devenir ce qu’il est devenu, l’être que nous connaissons aujourd’hui.

PARACHAT AHARE MOT

Notre Paracha commence avec le verset : « Hachem parla à Moché après la mort des deux fils d’Aaron quand ils se sont approchés devant Hachem et qu’ils sont morts. »

Une question se pose, puisqu’on nous apprend déjà au début du Passouk que les enfants d’Aaron sont morts, pourquoi le répéter à la fin de ce même Passouk (la mort des deux fils …et qu’ils sont morts) ?

De plus, le texte semble nous indiquer qu’ils sont morts parce qu’ils se sont rapprochés d’Hachem. Comment est-il possible de mourir en s’approchant d’Hachem ? Le travail permanent de l’homme sur terre n’est-il pas de se rapprocher de son créateur afin de s’élever spirituellement ?

Rav Chalom Schwadron dans son livre Lev Chalom explique que la Torah vient nous enseigner pourquoi ils sont morts, car « ils se sont approchés devant Hachem ». Ils n’en ont pas reçu l’ordre, ils l’ont fait de leur propre chef et ils en sont morts.

Nous apprenons de là que dans le service divin, tout est réglé, millimétré. Il n’y a pas de place pour une improvisation personnelle, « je pense que, je crois que …. ». Que se soit pour la Houmra ou pour la Koula.

Nous retrouvons cette idée dans la Parachat Chémini (10 ; 1) où est relaté leur mort : « Les fils d’Aaron … apportèrent devant Hachem un feu étranger qu’Il ne leur avait pas ordonné d’apporter ».  Pourquoi est-ce « un feu étranger » ? Car « Il ne leur avait pas ordonné » ! S’il n’y a pas d’ordre divin, alors c’est un feu étranger.

De même  dans la Parachat Béréchit (1 ; 11), quand, lors de la création, Hachem demande à la terre de faire sortir des « arbres fruits donnant des fruits ». Rachi explique que le goût de l’arbre devait être comme le goût du fruit, c’est-à-dire que l’arbre lui-même devait être mangeable autant que le fruit. Mais la terre n’a pas obéi et « elle a fait sortir des arbres produisant des fruits » (1 ;12), et non des arbres qui soient eux-mêmes des fruits. C’est pourquoi elle a été punie.

Pourquoi la terre a-t-elle désobéi ?

Le Midrash nous dévoile qu’elle a fait le raisonnement suivant : Si l’écorce, elle aussi est mangeable, les hommes mangeront les arbres en plus des fruits et, en peu de temps il n’y aura plus d’arbres sur terre.


Malgré cette logique implacable, Hachem maudit la terre et rend certains arbres stériles.


Ce Midrash nous enseigne un principe fondamental de la Torah. Il arrive souvent que notre raisonnement personnel nous éloigne de la Torah. Mais, même si nous sommes sincèrement convaincus que notre propre opinion est supérieure à celle de la Halaha, il nous faut négliger notre point de vue personnel et nous soumettre à la règle de la Torah.

Rav Elhanan Wasserman racontait l’histoire suivante : Un jour, un roi envoie son ambassadeur dans un pays étranger et il lui donne l’ordre de n’accepter là-bas aucun pari. Dès que l’ambassadeur arrive à la cour du pays étranger, il est assailli de gens qui se moquent de lui en prétendant qu’il est bossu. Lui, bien sûr, réfute cette accusation. On lui propose alors de parier qu’il n’est pas bossu. Tout d’abord il refuse, mais ensuite les paris montent tellement haut qu’il se dit que son roi serait content s’il rapportait autant d’argent pour les caisses du royaume. D’autant plus qu’il sait bien qu’il n’est pas bossu. Il est donc sûr de gagner son pari.

Il pari, et bien entendu il gagne son pari. Il retourne chez son roi tout content de lui rapporter autant d’argent. Mais, dès que son roi le voit il lui crie dessus en lui disant : « Malheureux, qu’as-tu fait ? Tu me rapportes, il est vrai, une grosse somme d’argent mais de mon côté j’avais parié avec le roi de ce pays dix fois plus que tu n’accepterais pas de paris. Tu m’as désobéi et à cause de toi je perds beaucoup d’argent ».


Rav Elhanan disait : C’est la même chose avec nous. Nous pensons parfois être plus intelligent que la Halaha, nous sommes plus éclairés, plus modernes. Mais en fait nous nous trompons. Plus tard, Hachem nous montrera combien nous nous sommes trompés dans nos raisonnements.

PARACHAT TAZRIA

 

Le Midrash nous dit que Hashem voulait donner la Tora aux Béné Israël dès leur sortie d’Egypte, mais, malheureusement, à ce moment là ils étaient divisés, c’est pourquoi il a fallu attendre jusqu’à ce qu’ils arrivent à Réfidim endroit où ils se sont enfin réunis. C’est donc là que Hashem a pu leur donner la Tora puisqu’ils étaient en paix entre eux, et la Tora est une Tora de paix (Shalom). Pourquoi la paix et l’union dans le Klal Israël sont-ils nécessaires pour recevoir la Tora ?

La Tora comporte 613 Mitsvot, mais il est impossible à un seul homme de toutes les accomplir. En effet, certaines ne concernent que les Cohanim, d’autres uniquement les Léviim, d’autres encore que le roi. Il ne nous est donc possible d’accomplir les 613 Mitsvot que lorsque le Klal Israël est rassemblé en une unité représentant un corps qui accomplit l’ensemble des Mitsvot.

C’est ce que le Passouk dit : « La Tora que Moshé nous a ordonné est un héritage de la communauté de Yaakov. » (Tora tsiva lanou Moshé morasha kéyilat Yaakov) (Dévarim 33 ; 4) Quand est-ce que la Tora est un héritage ? Quand il y a une communauté de Yaakov, au singulier, c'est-à-dire qu’il n’y a don de la Tora que s’il y a une seule communauté en Israël, l’union !

Nous retrouvons cette idée lorsque Hashem à fait sortir Avraham de sa tente afin d’observer les étoiles et Il lui dit : « Regarde, Je t’en prie, vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter ; Il lui dit : Ainsi sera ta descendance. » (Béréshit 15 ; 5) Hashem veut signifier à Avraham que, de même qu’il est impossible de compter les étoiles, de même il sera impossible de compter la descendance d’Avraham. Mais aussi, on peut comprendre dans cette demande que toutes les étoiles sont différentes les unes des autres, et chacune a sa propre fonction. Pour autant, chacune d’entre elles a besoin de l’autre pour l’établissement et la pérennité de l’univers.

Ainsi, même s’il y a une quantité innombrable d’étoiles, de toute façon, celui qui les observe attentivement comprend que chacune d’elle dans leur ensemble forme un tout cohérent et interdépendant. C’est ce qu’a voulu montrer Hashem à Avraham quand Il lui a demandé de compter les étoiles, en ajoutant : « si tu peux les compter », lui signifiant ainsi qu’il n’est pas envisageable de faire ce décompte mais qu’en réalité toutes ensembles elles forment une unité. De la même façon, la descendance d’Avraham, bien que composée d’individus innombrables et séparés, fera une assemblée unique comme un seul homme selon la volonté d’Hashem.

On comprend mieux à présent pourquoi les Béné Israël n’ont reçu la Tora qu’une fois qu’ils étaient unis et en paix. Auparavant, il n’était pas envisageable d’accomplir la Tora dans son ensemble pour chaque individu séparément, n’étant pas associé, n’ayant aucune part l’un avec l’autre, puisque ne formant pas une seule entité.

Nous disons dans la Hagada : « Si Hashem nous avait rapproché du Har Sinaï mais ne nous avait pas donné la Tora, cela nous aurait suffit. » A priori quel est le sens d’être au pied du Har Sinaï sans recevoir la Tora ? Le sens est justement que Hashem nous a réunis au pied du Har Sinaï, tous ensembles, comme un seul être et cela est en soi une élévation. L’union !

Seulement, cela ne suffisait pas car il manquait la dimension de la Tora. Il y a union et union, une communauté unie sincèrement ou un groupe humain ensemble mais uni sur des bases mensongères. L’union dans le Klal Israël prôné par la Tora consiste à aimer son prochain, à ressentir ses souffrances, et à l’aider le plus possible. La Tora synthétisera cette idée avec le Passouk bien connu : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Vayikra 19 ; 18) A l’inverse, la paix mensongère, elle, est ce que nous voyons quand le cœur ne correspond pas à la parole. On se voile la face pour ne pas regarder les souffrances de son prochain, on jalouse le bien de son prochain d’une haine intérieure.

Nous remarquons que c’est cette volonté d’union dans le Klal Israël qui a motivé Anshé Kénéssète Haguédola (la Grande Assemblée) d’instaurer la Téfila dans un langage pluriel afin que chacun prie aussi pour son prochain.

Or cette union dans le peuple juif n’existait pas en Egypte : « Et ce fut durant ces nombreux jours, le roi d’Egypte mourut, et les enfants d’Israël gémirent à cause de l’esclavage ; ils crièrent. Leur cri monta vers Hashem à cause de l’esclavage. » (Shémot 2 ; 23) Ce Passouk exprime la désunion qui régnait entre eux. Eloignés les uns des autres, chacun pleurait sur lui-même. Et même après avoir vu la délivrance avec la traversée de la mer rouge, ils ne se sont pas exprimés dans un langage pluriel, comme le témoigne le Passouk de la Shira : « Il est ma force et ma louange, Hashem, Il a été pour moi le salut … » (Shémot 15 ; 2). Pour moi et non pour l’autre.

Mais dans les temps futurs, quand tout Israël sera réuni comme un seul homme avec un seul cœur, chacun ne se préoccupera plus seulement de sa propre personne mais aussi de son prochain : « On dira en ce jour : Voici notre D.ieu en qui nous avons mis notre confiance, Il nous a secourus. Voici Hashem en qui nous espérions, réjouissons-nous à cause de Sa délivrance. » (Isaïe 25 ; 9) Le Passouk est au pluriel.

Pessah arrive à grand pas, et pour conclure dans la même idée, nous trouvons dans la Hagada un événement où Rabbi Eliézer, Rabbi Yéhoshoua, Rabbi Elazar ben Azaria, Rabbi Akiva et Rabbi Tarfon étaient attablés à Béné Brak. La question se pose de savoir pourquoi on nous cite tous les noms précisément ? Hazal nous disent qu’en Egypte la tribu de Lévy n’a pas subit l’esclavage des égyptiens contrairement à leurs frères juifs car ils étudiaient la Tora. Si nous nous penchons sur les noms cités précédemment, il se trouve que Rabbi Elazar ben Azaria et Rabbi Tarfon étaient des Cohanim (les Cohanim étaient des Léviim auparavant, c’est Hashem qui a transformé certains Léviim en Cohanim), Rabbi Yéhoshoua et Rabbi Eliézer étaient Lévy et Rabbi Akiva descendait d’un converti. Il se trouve donc qu’aucun de leurs ancêtres n’avait subi l’esclavage et pourtant la Hagada nous dit qu’ils ont passé la nuit entière jusqu’au matin à raconter la sortie d’Egypte. Pourquoi ? Afin de montrer leur association avec la souffrance de leurs frères.

Nous aussi, en cette nuit du Séder, nous devons nous rapprocher de nos frères, « Nossé bé ol havéro », porter la souffrance avec lui. En fait, ce thème est récurrent dans la Hagada puisque dès le début de la Hagada nous disons : « Que celui qui a faim vienne manger. Que celui qui est dans le besoin vienne célébrer Pessah avec nous. »

Fasse Hashem que grâce à cette volonté d’union et de paix sincère dans le Klal Israël nous puissions être délivrés rapidement. Amen.

Pessah kasher vésaméah

 

PARACHAT VAYIKRA

 

Rav Dessler sur Yéhochoua (ופרק ) explique que le Bita’hon consiste à avoir confiance en Hachem et savoir que tout vient de lui. Cela ne nous empêche pas de travailler afin de nous nourrir, mais nous devons savoir que tous nos efforts ne serviront à rien si Hachem ne nous aide pas. Il nous semble que nos bons résultats sont les fruits de notre labeur, en fait il n'en est rien ! La seule vraie raison de notre réussite, c'est la volonté d'Hachem. Notre effort personnel vise à cacher l'omniprésence et l'omnipotence d'Hachem sur terre. Car s'il était évident que tout vient d'Hachem, il n’y aurait plus de libre arbitre.

 

Si un homme comprend que tout vient d'Hachem, il ne pourra jamais inquiéter. Car il sait que Hachem a déjà prévu ce qui est bien pour lui, il n'a donc aucun souci à se faire.

 

En général, on ne s'inquiète que pour quelque chose sur laquelle on pense pouvoir agir. Sur une situation que l'on ne peut pas changer, on ne s'inquiète pas. Cela n'étant pas en notre pouvoir, on se fait à cette idée et on vit comme on peut avec. (Par exemple chacun sait qu’un jour il va mourir, mais comme on n’y peut rien on l'oublie, on vit avec. Mais le travail, puisque je pense pouvoir agir dessus alors je m'investis.)

 

Nous devons savoir que nos actions ne sont pas les causes réelles de notre succès, ce que nous pensons être important et obligatoire à notre réussite n'est en fait que la volonté d'Hachem de nous placer face à une épreuve afin d'observer notre réaction. Si nous réussissons à réaliser cela, nous n'avons plus de raison de nous inquiéter puisque de toute façon nous ne pourrons rien changer à ce que Hachem a décrété.

 

Au sujet du Chabbat il est écrit : « pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton travail et le septième jour ce sera Chabbat pour Hachem ton D.ieu. » Le jour du Chabbat nous a été donné afin de réaliser que toutes nos actions n'ont pas d'effet réel. Elles ne sont pas la cause de ce qui nous arrive.

 

Le Passouk précise : « pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton travail et le septième jour ce sera Chabbat ». Comment est-ce possible de finir tout son travail avant Chabbat. Parfois, un travail peut durer beaucoup plus que six jours. En fait, la Torah nous apprend ici une philosophie dans la vie. Quand Chabbat entre, nous devons considérer que tout notre travail est fini. Même si, en réalité, il est encore inachevé, nous ferons comme si tout est fini. Cela, afin de mieux sentir la sainteté du Chabbat, mais aussi pour réaliser que tout vient d'Hachem.

 

Notre travail s'arrête à l'entrée du Chabbat même s'il n'est pas fini car notre action n'est pas déterminante. Elle n'est pas un but en soi. Elle n'a de raison d'être qu'à travers notre libre arbitre pour cacher la présence divine sur terre. Aussi, quand Chabbat arrive tout s'arrête, car travailler à ce moment-là “ne sert à rien” puisque tout est décidé par Hachem et qu'en fin de compte, seule Sa volonté se réalisera.

 

 

 

Même si on a de gros souci, on doit les oublier à l'entrée du Chabbat. Comment cela est-il possible ? On ne peut le faire qu'en positionnant dans notre esprit Hachem comme la cause de tout ce qui se passe sur terre. On aura confiance en Lui et dans Son infinie bonté en sachant qu'Il a déjà préparé pour nous ce qu'il y a de mieux et que tout se passera de la façon la mieux appropriée pour nous.

 

 

(Si j'oublie tout mon travail pendant Chabbat, alors je vivrai un moment extraordinaire. Chabbat je suis en dehors du temps. Je vis dans une autre dimension, sur une autre planète. Le monde autour de moi continu de s'agiter mais moi je suis dans ma bulle protectrice. La terre s'est arrêtée de tourner pour moi. Quel calme ! Mis à part toutes les Mitsvot que l'on fait le Chabbat en ne travaillant pas et le fait qu'on accomplisse la volonté d'Hachem, on peut facilement comprendre quel immense bien-être psychique le Chabbat m’apporte. Je décompresse pendant 24 heures. J’oublie le stress de la vie. C'est un bien-être psychologique immense qui me donnera des forces pour toute la semaine. Je n'ai pas besoin d'aller chez le psychologue ou le psychiatre pour trouver un repos intérieur. Le jour du Chabbat mon âme fait la paix avec mon corps, elle prend le dessus.)

 

 

C'est en cela que le jour du Chabbat sanctifie les six jours de la semaine. Selon notre réaction à l'entrée du Chabbat face au travail restant à accomplir, on donnera ou non un sens à notre travail déjà accompli pendant la semaine. C'est là que l'on verra si on a confiance que en nous-mêmes et qu'on ne croit que dans nos propres forces, ou si on ne s'inquiète pas car on a compris que tout vient d'Hachem.

 

 

(Une personne qui vit Chabbat de cette manière abordera son travail avec plus de sérénité, plus de calme intérieur. Toute sa vie s'en trouvera modifiée, il n'aura plus ces angoisses perpétuelles, ces craintes qui viennent du fait que l'on pense : si j’avais su …, si j'avais dit …, j'aurais peut-être pu … Je n'ai rien à dire, rien à penser, puisque ce n'est que la volonté d'Hachem qui s'accomplit.)

 

On doit se renforcer dans notre Émouna Péchouta en Hachem.

 

Le Sabba de Novardok, Rav Youzel Horwitz demandait : pourquoi la Torah nous dit-elle que Lavan qui poursuivait Yaakov, déclara lorsqu'il le rejoignit : « j'aurais pu te faire du mal. Mais le D.ieu de tes pères m'a parlé hier en me disant : garde-toi de parler à Yaakov en bien ou en mal. »

 

Comment Lavan aurait-il pu faire du mal à Yaakov puisqu’il avoue lui-même que Hachem le lui avait interdit ? Pour illustrer sa réponse il racontait l'histoire suivante :

 

Un homme est sur le quai d’une gare, et attend l'arrivée du train. Lorsque le train entre en gare, notre homme ne bouge pas. Un autre voyageur lui demande :

- pourquoi ne montez-vous pas ? Le train ne va pas tarder à partir.

-Je ne peux pas monter, je n'ai pas de billet.

-Qu’attendez-vous pour aller en acheter ?

-Je n'ai pas d'argent pour en acheter.

-Pourquoi attendez-vous le train alors ?

-J'ai confiance en Hachem. Il trouvera bien le moyen de me procurer un billet.

 

La locomotive fait entendre son sifflement, le chef de gare agite son drapeau. Le train va démarrer. À ce moment, surgit un voyageur qui court le long du quai.

- Voulez-vous monter dans le train ? demande-t-il au voyageur qui attend encore paisiblement. Tenez prenez mon billet, je ne pars pas. Ce serait dommage qu’il se perde.

Notre homme monte dans le train et s'installe dans un des compartiments. L'autre voyageur, celui qui ne comprend pas comment on peut attendre un train lorsqu'on n'a pas de billet vient le rejoindre. - Vraiment je ne comprends pas votre confiance en Hachem. C'est insensé ! Réfléchissez donc un peu : si la personne qui vous a donné son billet était arrivée quelque seconde plus tard, vous auriez manqué votre train !

 

Ce voyageur, conclut le Sabba de Novardok, ne se rend pas du tout compte qu'il parle en fait comme Lavan : « J'aurais pu … Si … S'il ne s'était pas passé tel chose, j'aurais fait ceci et cela. Pensez ce qui serait arrivé, si … »

 

 

 

 

 

 



 

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