PARACHAT HOUKAT

La prière journalière   comprend   trois   offices Chaharit, Minha et Arvit. Selon  la   Guémara Bérahot 26b la prière du matin fut instituée par Avraham, celle de l'après-midi par Itsrak et celle du soir par Yaakov.

Ces différents moments de la journée évoquent la place qu'occupe le destin de chacun des patriarches dans le monde temporel.

Le destin d'Avraham apparaît dans la lumière qui monte et s’épanouit. Comblé et béni en toutes choses, Avraham, quoique seul, invite le Monde à glorifier Hachem, Être Un et Unique. Non seulement Avraham n’est l'objet d'aucune inimitié, mais encore il est vénéré comme le prince d’Hachem.

La position d’Itsrak dans le monde apparaît déjà diminuée, le soleil qui avait encore brillé au-dessus de son père a franchi le zénith. Quoique béni par Hachem, Itsrak est solitaire et ne rencontre parmi ses contemporains que jalousie. Dès la naissance d'Itsrak la prédiction d’Hachem à Avraham : « ta descendance sera étrangère » commence à se réaliser.

Pour Yaakov enfin, le destin se couvre des ombres de la nuit, sa vie n'est qu'un enchaînement d’épreuves douloureuses. (C’est le juif de l’exil)

Toutefois, les trois Avot, en dépit de leurs destinées bien différentes, sauront trouver dans la prière le chemin vers Hachem. Ils nous lèguent ces Téfilot qui nous apprennent comment, selon les différentes circonstances de la vie, nous pouvons nous élever vers Hachem.

 

Pendant le jour, l'univers terrestre est aux pieds de l'homme. Il peut alors le maîtriser en toute liberté.

La nuit, en revanche, l'homme pourtant maître de la création, se trouve lui-même pris dans les chaînes qui enlacent alors l'univers.

Pour l'homme, le jour est donc le temps de l'indépendance, de l'action, tandis que la nuit est le temps de la soumission et de la passivité forcées.

La prière du matin se situe donc entièrement sous le signe de la gratitude pour la libération qui met fin à l'emprise de la nuit.

 

Le Yaabetz fait observer que nulle heure n’est aussi propre à orienter notre âme et notre esprit vers Hachem que le lever du soleil, quand la nature se réveille dans l'éclat de sa jeunesse pour une vie nouvelle et que l'homme retrouvant force et fraîcheur, reprend son travail plein de courage et d’espoir.

Rabbi Yéhouda Halévi dans son livre le Kouzari explique que les trois prières quotidiennes ont une signification d'ordre éducatif. L’heure de la prière constitue pour l'homme religieux le noyau et le fruit de son temps, les autres heures ne sont que des chemins qui l’y conduisent.

Les prières ont pour la Néchama le même rôle que la nourriture a pour le corps. C'est-à-dire que la bénédiction émanant de la Téfila se prolonge jusqu'au moment de la prochaine Téfila, de même que les effets du repas de midi se prolongent jusqu'au repas du soir. À mesure que le moment de la prière s'éloigne de notre Néchama celle-ci se trouble par l'effet des occupations de la vie courante. Mais au moment de la Téfila nous purifions notre Néchama de tout le passé et nous nous préparons pour l'avenir.

C'est-à-dire que nous puisons des forces spirituelles dans la prière du matin qui nous accompagnent jusqu'à celle de l'après-midi ; puis la Téfila de l'après-midi nous donne des forces pour finir la journée jusqu'à la Téfila du soir et enfin la Téfila du soir nous donnera des forces pour toute la nuit jusqu'au lendemain matin.

 

Selon le Zohar, l’échelle vue par Yaakov symbolise la Téfila. Le texte nous dit : « et voici, une échelle se tenait sur la terre et son sommet atteignait le ciel. »

C'est la prière que les hommes prononcent sur terre et qui parvient jusqu'au ciel. L'échelle représente un développement et une montée par degrés, ainsi la Téfila s’élève de la terre vers le ciel, mais le but à atteindre est Hachem qui se tient au-dessus de l'échelle. Par la prière, Yaakov cherche son chemin jusqu'à lui. Alors Hachem lui montre en rêve le chemin qu’il doit poursuivre et comment la pensée doit, par échelons, se dégager des liens terrestres jusqu'à ce qu'elle ait trouvée Hachem au sommet de l'échelle.

 

Le Sabba de Novardok dit que parfois Hachem ne veut pas donner à l'homme ce qu'il réclame dans ses prières. Il explique cela avec une histoire : il y avait une fois un fils qui suppliait son père pour qu'il lui achète trois mètres de cordon de corde, et le père refusait. Le fils se lamentait, pleurait, suppliait mais le père refusait toujours. Alors le fils est allé se plaindre chez les amis de son père, ceux-ci sont allés trouver le père pour lui faire changer d'avis. Le père s'est alors adressé à eux et leur a dit : vous ne savez pas ce qu'il veut en faire de cette corde, moi je le sais, il veut se pendre avec. C'est pour cela que je refuse de la lui acheter

De même on demande à Hachem une voiture rapide afin de rouler vite sur les autoroutes et faire un accident. Nous demandons la richesse pour notre mal. Hachem nous aime et nous connaît tant qu'Il ne nous donnera que ce qui est pour notre bien, malgré toutes nos supplications.

Rabbi ‘Haïm de Volozin raconte sur son maître le Gaon de Vilna qu'une fois ce dernier lui a dit : « on m'a montré du ciel la grandeur de la Téfila. Comment ? Je m'étais beaucoup efforcé pendant douze semaines à comprendre un passage du Zohar au sujet de Roch ‘Hodech, mais je n'arrivais pas à trouver une bonne explication.

Un jour de Roch ‘Hodech quand je faisais la Téfila de Cha’harit d'un seul coup ce passage du Zohar m’est revenu à l'esprit et j’avais devant moi sept façons de l'expliquer. Que pouvais-je faire ? Je me suis alors arrêté dans ma Amida afin de pouvoir les classer correctement dans mon esprit, cela m'a pris en tout et pour tout 15 secondes. Et ensuite j'ai continué ma Amida de Roch ‘Hodech. Après ma Téfila j'ai essayé de me les rappeler mais cela était impossible. Je les avais totalement oubliées. Tellement j'étais contrarié que cela m'a pris une demi-heure pour enlever ma douleur et trouver la force de dire le Hallel.

Puis, quand j'ai fait la Téfila de Moussaf de Roch ‘Hodech, de nouveau ces sept explications sont revenues dans mon esprit comme auparavant. Mais à ce moment-là, j'ai fait très attention de ne pas y penser et de ne pas détourner ma pensée de la Téfila que je faisais. Et quand j'ai fini ma Amida je les ai trouvées, toutes les sept, claires dans mon esprit. »

Histoire à méditer quand nous avons parfois l’impression que notre spirituel freine notre réussite matérielle. La morale étant, que plus nous nous investissons dans le spirituel et plus nous assurons notre matériel. Comme toujours, exactement l’inverse de la logique humaine !

PARACHAT KORAH

Le Kéli Yakar explique que toute l’histoire du bâton d’Aaron, des fleurs et des amandes qui ont poussées et qui ont été gardées pour les générations futures ; tout cela est en fait un enseignement de la Tora pour nous dire qu’Hashem ne juge pas les hommes selon l’esprit humain, selon les apparences. Quelqu’un peut paraître sec comme un bois mort, vide de Tora et d’étude et quand même Hashem le fait fleurir. De même l’inverse, quelqu’un peut-être un bois rempli de sève donnant de belles fleurs et Hashem l’assèche.

Nous retrouvons cette idée dans le Yalkout sur le livre de Yéhèzkel (17 ; 108) au sujet de Korah et de Aaron le Passouk dit : « j’ai asséché un bois humide et J’ai fais fleurir un bois sec ».

De là vient le principe que tout ce qui était dans le Mikdash bourgeonne et fleurit, même ce qui était en or « fleurissait » et donnait des fruits en or. Avec ce surplus on nourrissait les Cohanim. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les jeunes Cohanim sont appelés Pirhé Kéhouna terme qui fait référence à « fleurir » mais aussi à « voler, s’envoler ». Comme ils se trouvaient en permanence dans le Beith Hamikdash, ils profitaient de cette bénédiction et ils fleurissaient, c'est-à-dire qu’ils s’amélioraient de façon surnaturelle.

Leur zèle était légendaire au point que Hazal ont dit que celui qui regardait la Avoda des Cohanim au Beith Hamikdash avait l’impression que les coupes, dans lesquelles étaient réceptionné le sang, volaient d’un cohen à l’autre, tant les cohanim allaient vite. La coupe n’était jamais posée pour ne pas que le sang coagule et elle passait si rapidement d’une main à l’autre qu’il semblait qu’elle « volait » dans les airs. Cette qualité exceptionnelle les cohanim l’acquéraient grâce à leur présence au Beith Hamikdash depuis leur jeunesse.

De plus, le Baal Hatourim nous apprend dans la Parasha Vaéra, au nom du Midrash, qu’après la mort de Korah le bâton d’Aaron a avalé tous les bâtons des autres chefs. Ensuite quand on a sorti le bâton d’Aaron devant le peuple, le bâton d’Aaron a recraché tous les autres bâtons. C’est la raison pour laquelle seul le bâton d’Aaron a fleuri et non les autres bâtons.

C’est ce à quoi la Tora fait référence quand elle écrit (17 ; 24) : « Moshé a fait sortir tous les bâtons … » le mot « bâton » est écrit sans le Vav du pluriel (défectif) pour nous apprendre qu’en fait Moshé n’a sorti qu’un seul bâton qui contenait tous les autres bâtons qu’il avait avalé. Le mot « bâton » se lit au pluriel mais s’écrit au singulier. (Nous retrouvons la même idée en Egypte où le bâton d’Aaron avait avalé tous les bâtons des devins égyptiens.)

Les commentateurs s’interrogent : pour quelle raison a-t-il fallu que le bâton d’Aaron avale les autres bâtons dans le Kodesh Hakodashim ? Il est certain qu’on n’a pas fait ce grand miracle pour rien. D’autant plus que personne n’a vu ce miracle s’accomplir puisqu’il n’y a personne dans le Kodesh Hakodashim. La réponse est simple : le bâton d’Aaron était obligé d’avaler les autres bâtons car sinon même les autres bâtons auraient fleuri. Le simple fait d’être dans le Kodesh Hakodashim était suffisant pour les faire fleurir. Ce n’est pas un miracle, c’est une réalité, tout ce qui est dans le Kodesh Hakodashim fleuri. C’est pourquoi il fallait un autre miracle que le bâton d’Aaron les avale. Car la Kédousha est telle dans le kodesh Hakodashim que même un bâton sec fleuri !

De là nous apprenons quelque chose d’extraordinaire : si tout ce qui est dans le Kodesh Hakodashim fleuri automatiquement et même un bâton sec, que dire de tout le bien spirituel que peut recevoir celui qui se trouve dans un endroit Kadosh comme un Beith Hakénésset, un Beith Hamidrash ou une Yéchiva ?

Même s’il n’étudie pas, par le simple fait qu’il se trouve là, il « fleurit ». Même s’il n’est qu’un bois sec il méritera de voir pousser des « fleurs ». Cela n’est pas un miracle, c’est une réalité  constante, celui qui se trouve dans un endroit Kadosh est transformé en bien même s’il ne fait rien. A plus forte raison s’il s’assoit et étudie que sa transformation sera plus profonde et plus durable.

PARACHAT CHÉLAH LÉHA

Notre Paracha nous parle de l’envoi des explorateurs par Moché :

« Hashem parla à Moché en ces termes : Envoie pour toi des hommes et qu’ils explorent le pays de Canaan que Je donne aux enfants d’Israël. Un homme par tribu vous enverrez, chaque prince parmi eux. » (Bamidbar 13 :1-2).

Nous comprenons de ces paroles qu’il s’agit là d’un commandement divin. Mais lorsque Moché relate ces événements, quarante années plus tard, il dit au peuple d’Israël :

« Et vous vous êtes approchés de moi, vous tous, et vous avez dit : envoyons des hommes devant nous, qu’ils explorent pour nous le pays et reviennent avec des rapports concernant le chemin par lequel nous monterons et les villes vers lesquelles nous irons. La chose fut bonne à mes yeux et j’ai pris douze hommes parmi vous, un homme par tribu. » (Dévarim 1 : 22-23). Apparemment, c’est Moché qui décida de son propre chef l’envoi des explorateurs.

Ces deux textes semblent contradictoires. Qui prit l’initiative d’envoyer les explorateurs, Hashem ou Moché ?

Les commentateurs réconcilient ces deux récits de l’envoi des explorateurs en expliquant qu’en premier l’initiative vint bien du Peuple d’Israël, mais qu’ensuite, Moché consulta Hashem, Qui lui dit : « envoie pour toi des hommes… »

Rachi explique : envoie pour toi, d’après ton opinion. Moi, Je ne t’ordonne pas. Si tu veux, envoie-les. Impliquant par là, envoie-les selon ce que te dictera ta compréhension. Je ne te dis pas quoi faire. Fais comme ce qui te semblera adéquat. Pourtant le texte dira plus loin : « Moché les envoya d’après la parole d’Hashem » (Bamidbar 13 : 3). Mais Rachi explique ce Passouk ainsi : avec Sa permission c'est-à-dire qu’Il n’a pas empêché Moché d’envoyer les explorateurs.

Ainsi, la mission des explorateurs, bien qu’elle eût reçu le consentement divin, était-elle une entreprise humaine, née du désir du peuple et menée à bien parce que « la chose avait paru bonne » aux yeux de Moché. Le résultat fut une tragédie de l’histoire juive. Les espions ramenèrent un rapport des plus démoralisants, ce qui eut pour conséquence que le peuple perdit foi en la promesse divine de lui donner la terre d’Israël en héritage éternel. La génération entière fut alors jugée ne méritant pas d’hériter la terre et il fut décrété qu’elle finirait sa vie dans le désert. Ce n’est que quarante ans plus tard que le successeur de Moché, Yéhochoua, conduisit une nouvelle génération vers la Terre promise. (Yéhochoua et Calev furent les deux seuls explorateurs qui parlèrent positivement de la conquête de la terre et les deux seuls membres de cette génération à y entrer.)

En fait, jusqu’à notre Paracha, Hashem avait donné des directives spécifiques à Moché et au peuple d’Israël à chaque pas de leur cheminement. Le cas des explorateurs est le premier exemple dans lequel Hashem dit : « Je ne vous dis pas quoi faire, faites comme bon vous semble ». Cela n’aurait-il pas dû éveiller, dans l’esprit de Moché, une lueur d’inquiétude ? C’est ce qui se passa. Hazal rapportent que Moché envoya Yéhochoua avec la bénédiction : « Qu’Hashem te délivre de la conspiration des explorateurs » (Rachi, Bamidbar13 : 16).

Mais dans ce cas, pourquoi les envoya-t-il ? Et si, quelle qu’en soit la raison, il jugeait nécessaire de les envoyer, pourquoi ne les bénit-il pas tous comme Yéhochoua?

Un élément fondamental de notre mission dans la vie est celui du choix. Si Hashem avait créé l’homme comme une créature qui ne peut faire le mal, alors Il aurait pu également créer un monde parfait. Mais Hashem voulait un monde imparfait et que ce soit à nous de le parfaire. C’est précisément cette possibilité de l’erreur de notre part qui donne une signification à nos actes.

Jusqu’à l’épisode des explorateurs, Hashem avait donné une ligne de conduite sans équivoque pour chacun des problèmes auquel les juifs étaient confrontés dans leur vie. Ils avaient la possibilité de désobéir, cependant cela aurait été contraire à leurs instincts les plus profonds. Un second niveau de choix fut donc introduit par la réponse d’Hashem à Moché à propos des Explorateurs. Quand Moché entendit Hashem dire : « fais comme bon te semble », il comprit qu’Hashem ouvrait une nouvelle dimension de choix dans la vie de l’homme, plus profonde et plus vraie encore. En créant un domaine dans lequel Lui, le Créateur et Maître absolu du monde déclarait : « Je ne te dis pas quoi faire », Hashem donnait une signification encore plus grande aux actions humaines.

Là et seulement là, réside le véritable choix. La possibilité de se tromper est plus réelle et les conséquences de nos erreurs plus dévastatrices.

C’est la raison pour laquelle Moché détacha des explorateurs sans même une bénédiction, bien qu’il fût pleinement conscient des risques de leur mission. S’il les avait bénis, s’il leur avait donné une part de sa propre force spirituelle pour réussir leur mission, il aurait détruit l’occasion unique qu’Hashem avait accordée en consentant à ce que cette mission soit menée selon leur propre compréhension. Le but était qu’à la fois Moché (en décidant ou non de les envoyer) et les explorateurs (en exécutant leur mission) soient entièrement indépendants, guidés uniquement par leur propre compréhension.

Le seul qui reçut la bénédiction de Moché fut Yéhochoua qui était « le serviteur fidèle… ne quittant jamais la tente (de Moché) » (Shémot : 33 ; 11).

Pour Moché, bénir Yéhochoua ne signifiait donc pas le doter d’une force qui lui était étrangère. Le "moi" entier de Yéhochoua était Moché. Même avec la bénédiction de Moché, Yéhochoua restait totalement et pleinement indépendant.

C’est pourquoi il fut choisi pour faire entrer le peuple d’Israël dans la terre de Canaan, car sa conquête et sa transformation en une “Terre Sainte” représente notre entrée dans un lieu où ne sont pas dispensées des directives divines claires pour nous permettre de distinguer le bien du mal, et où c’est en toute indépendance que nous devons découvrir comment sanctifier cet environnement pour en faire une demeure pour Hashem selon les lois dictées par la Tora.

aPARACHAT BÉAALOTÉHA

La Guémara ‘Houlin (7) dit : un homme ne peut pas se cogner le petit doigt ici-bas sans que cela ne soit d'abord décrété en Haut.

C'est-à-dire que du Ciel on décide quelle sera la force de ce coup, le moment où viendra ce coup et le moyen de sa guérison. Tout est dirigé par Hachem. De la même façon, chaque chose qui arrive, grande ou petite, bonnes ou mauvaises, chaque fois que l'on gagne de l'argent ou que l'on en perd, chaque bonheur qui nous arrive ou chaque malheur, tout arrive parce que Hachem l’a décidé ainsi.

Il est la cause de toutes les causes que ce soit pour un particulier ou pour une collectivité, pour un pays seul ou pour le monde entier. Hachem a simplement choisi des personnes ou des moyens pour exécuter Sa volonté.

Il n'existe pas de hasard sur Terre. Chaque événement est voulu de façon précise. L'homme devra traverser cet événement à l'endroit même où Hachem l’a décrété et au moment déterminé par Lui. C'est ce que l'on appelle : la Hachgaha Pératite. Chaque détail de ce monde, même simplement le mouvement qui anime chaque petite feuille ou chaque brin d'herbe, est entièrement contrôlé par l'ordre d'Hachem lui-même, que cela paraisse important ou insignifiant aux yeux des hommes.

Un Ben Israël croit sincèrement que c'est Hachem qui conduit le monde, que c'est Lui qui nourrit chaque créature selon ses besoins, et cela, de façon exacte, ni plus tôt ni plus tard, ni plus, ni moins que ce qu'Il a décidé. L'homme lui-même ne peut rien se procurer. Il doit simplement faire l'effort minimum nécessaire. Car on n'a pas le droit d'espérer un miracle visible. (Bien entendu il y aura une différence entre chaque être humain sur ce qu'on appelle l'effort minimum nécessaire).

La voie de la Torah consiste à faire son travail honnêtement selon les lois de la Torah tout en étant conscient de n'être qu'un outil dans la main du Créateur, et que l'on obtiendra seulement ce que Hachem vaudra bien nous accorder. Hachem nous permet de réussir afin que nous ayons ce qui nous est nécessaire pour Le servir.

Dans un seul domaine l'homme est libre, et a la possibilité d'acquérir davantage en faisant davantage d'efforts. C'est le domaine de la Torah et des Mitsvot. L'homme dispose du libre arbitre, la possibilité de choisir le bien ou le contraire. Ce domaine spirituel lui est réservé. Plus il fera d'efforts pour observer la Torah et plus il obtiendra.

Cela n'est valable que dans le domaine spirituel mais pas dans le domaine matériel. Dans le domaine matériel ce que je dois avoir est déjà fixé. Mais dans le domaine spirituel ce que je peux devenir ne dépend que de moi.

Si on croit sincèrement à cela, on ne peut qu’être toujours heureux et satisfait.

Cependant, bien que tout vienne d’Hachem, si quelqu'un m'a causé un dommage il est évident qu'il m'est permis de lui faire un Din Torah selon les lois du Choul’han ‘Arou’h. Bien sûr, si quelqu'un subit un dommage, c'est qu'il l’a sans doute mérité. Toutefois au sujet de celui qui l’a causé, ‘Hazal disent : « celui qui est choisi pour faire du tort est lui-même critiquable, et devra rendre des comptes pour le mal qu'il a occasionné. »

Toutefois, on devra être reconnaissant envers quelqu'un qui nous a rendu un service. ‘Hazal disent : « une bonne chose arrive par l'intermédiaire de quelqu'un de méritant ». Pareillement il est clair qu'on n'a jamais le droit de faire du tort ou de la peine à qui que ce soit.  

PARACHAT NASSO

Globalement le monde se divise en deux : ceux qui sont intelligents et ceux qui ne le sont pas. Et nous, dans quelle catégorie sommes-nous ?

Avant de répondre, examinons cet enseignement de nos maîtres : « Ezéou Haham ? Haroé èt Hanolad ! Qui est intelligent ? Celui qui prévoit le futur ! » (Tamid 32a)

C’est pourquoi une sage-femme s’appelle Hahama en hébreu, car comme c’est elle qui accouche les femmes, elle est la première à voir le futur enfant qui va naître. (Guémara Chabbat 128b)

Le roi Chélomo a dit dans son livre Kohélèt (2 ; 14) : Héhaham Enav Bérocho (Le sage a ses yeux dans la tête). Rachi explique que dès le commencement de l’acte, il voit comment celui-ci se terminera.

En vérité, celui qui est intelligent, le Haham, vit dans le futur, avec le futur. Il évalue ce qui risque d’arriver et prend ses décisions en ce sens. Il est donc prêt à supporter des inconvénients dans le présent car il sait que cela arrangera son futur. Il est évident qu’il a moins de plaisir matériel pour l’instant mais cela lui importe peu au regard du but qu’il s’est fixé. Un peu comme cet alpiniste sur les pentes de l’Everest qui doit lutter contre la fatigue et le froid et qui risque sa vie à chaque instant, mais il fait fi de tout cela car il n’a qu’une idée en tête : atteindre le sommet ! Il ne pense qu’à la photo qu’il prendra arrivé tout en haut. Il est prêt à sacrifier son présent pour son futur.

Celui qui est moins intelligent, lui, vit dans le présent et dans les plaisirs qu’il peut ressentir à chaque instant. Peu lui importe demain, l’essentiel c’est aujourd’hui.

Cette idée est valable non seulement pour le spirituel mais aussi pour le matériel. Par exemple on rencontre souvent des personnes qui cherchent à acquérir un bien immobilier, elles sont prêtes pour cela à prendre un crédit bancaire qui va grever leur budget. Chaque mois elles auront des difficultés ‟à joindre les deux bouts” et pourtant elles sont prêtes à vivre un présent difficile au profit du futur. Quand elles auront fini de rembourser leur crédit, ce bien leur appartiendra. Cela vaut donc quelques sacrifices.

L’homme, quand il réfléchi, est capable de prendre des décisions ayant une incidence sur son présent car il veut protéger son avenir.

A contrario, un animal ne vit que dans le présent. Si on place devant un chat de la nourriture, il va tout manger sans penser à en garder pour le lendemain au cas où il ne trouverait pas de quoi se nourrir. Quand il mange, le monde autour de lui n’existe plus. Il serait vain d’essayer de lui expliquer que demain matin ses maîtres partent en vacances, qu’ils n’ont pas prévu de l’emmener et qu’il serait judicieux de ne pas tout manger. Il vit dans le présent !

Malheureusement, certaines personnes pensent comme ce chat, elles vivent à crédit en oubliant qu’un emprunt cela se rembourse.

La Michna nous dit dans Avot (3 ; 16) au nom de Rabbi Akiva : « Tout a été donné en garantie et un filet est étendu sur tous les vivants. La boutique est ouverte, le marchand fait crédit mais le registre est ouvert et la main inscrit. Quiconque veut emprunter peut venir et emprunter. Mais les collecteurs circulent chaque jour et se font rembourser par l’homme bon gré, mal gré. Ils ont sur quoi s’appuyer et le tribunal est un tribunal juste. »

Rabbi Akiva nous éclaire avec cette parabole. Ce monde ressemble à un magasin rempli de toutes les choses précieuses, de toutes sortes de choses nécessaires et inutiles. Ce magasin est toujours ouvert. Là les hommes trouvent la satisfaction de tous leurs besoins, de leurs plaisirs et de leurs convoitises. Il n’est pas nécessaire d’avoir des droits à l’obtention de ses délices. On peut entrer dans le magasin et prendre à volonté tout ce qui est bon et beau, sans avoir d’argent, car le propriétaire du magasin prête. Mais le livre est ouvert, et tout ce dont l’homme prend est inscrit. Rien n’est donné, mais chacun peut prendre en crédit tout ce qu’il veut.

Nous avons là un symbole de la vie humaine. Chaque homme, qu’il soit fils de roi ou de mendiant, peut choisir entre dominer ses inclinaisons, ses instincts et ses passions, s’ils sont dirigés vers le mal ou leur céder et vivre dans la faute et ainsi arriver à être incapable de s’acquitter de la dette qu’il a contracté.

Le débiteur pourtant ne peux pas déroger à sa responsabilité, car les collecteurs du propriétaire du magasin : la maladie, la misère, le besoin, les remords etc., circulent chaque jour et forcent l’homme à payer sa dette sciemment ou à son insu.

Il y en a qui reconnaissent la justice divine et qui disent : « J’ai mérité ce qui m’arrive ». D’autres ne se rendent pas compte de la manière dont ils ont causé leur malheur. Mais il n’y a pas de hasard dans le monde. Nous sommes souvent étonnés devant les événements en se demandant : « Pourquoi tel ou tel a-t-il mérité ce triste sort ? Pourquoi untel peut-il profiter du bonheur et de la richesse ? » Nous ne le savons pas, nous ne pouvons pas en juger. Seul Hachem le sait. Tout ce que nous savons c’est que le tribunal est un tribunal juste, où l’erreur est complètement exclue.

Chaque homme qui sait employer de la bonne manière les dons que Hachem lui a confiés, qui tâche d’effacer les dettes qu’il a contractées en faisant des Mitsvot, gagne ainsi la vie éternelle. S’il peut réussir à rester indemne de toute faute, alors il sera heureux dans cette vie et dans le monde futur ! Mais sinon, s’il ne réussit pas à éviter complètement la Havéra, alors il lui faudra expier sa faute dans ce monde, afin d’avoir part au monde futur.

L’homme appartient à deux mondes, au monde terrestre et au monde spirituel. Le corps aspire vers le bas, et est sensible à toutes les envies et convoitises. Parfois il succombe aux passions terrestre et fait ce qui est mal au regard de Dieu. L 'âme, qui réside dans l’homme, fait partie du monde spirituel et aspire vers le bien. Son devoir consiste à dominer les passions, et à réprimander les mauvais penchants.

Si elle réussit, elle partira recevoir sa récompense éternelle. Mais si elle n’a pas su affirmer sa domination sur le corps, en étant elle-même attirée dans l’abîme du vice, elle se salie et doit expier sa faiblesse après la mort.

Rabbi Akiva nous parle « d’un filet qui est étendu sur tous les vivants ». C’est la même idée qu’a aussi exprimée le roi Salomon dans Kohélète (9, 12) : « L’homme ne connaît pas le moment où la mort le surprend. Comme les poissons qui sont pris dans les filets, et comme les oiseaux qui sont pris dans le piège, ainsi l’être humain est pris au moment du malheur quand celui-ci fond soudain sur lui. ».

Sans appréhension les poissons entrent en nageant dans les filets, sans appréhension les oiseaux volent vers le piège. Mais, quand celui-ci se referme, il est trop tard pour se sauver. C’est pourquoi l’homme doit toujours être préparé, car il peut être rappelé de cette vie à tout instant.

Il faut donc qu’il arrange ses actions de manière à pouvoir se présenter n’importe quand devant le trône céleste.

La Michna continue : « Le vendeur fait crédit », il ne fixe pas de date pour le remboursement. L’homme est complètement libre de reculer le paiement de ses dettes. Car, si pour chaque dette le paiement était exigé sur le champ ou à brève échéance, le libre arbitre de l’homme s’en trouverait affaibli. Mais comme la dette n’est souvent réclamée qu’au bout d’un très long temps, l’homme s’imagine qu’il n’a pas du tout besoin de la payer, et il ne dépend donc que de sa volonté, qu’il fasse son devoir ou qu’il devienne un débiteur.

Rabbi Akiva affirme : « Et chacun qui veut emprunter peut venir et emprunter ». L’emprunt en soi pourtant n’est pas blâmable. Tout homme a reçu, en naissant, d’Hachem tant de choses, qu’il a une avance importante dans le livre de crédit. Tout ce que nous sommes, et tout ce que nous avons, nous vient d’Hachem. Une seule chose dépend de nous : la volonté sincère de le servir et de nous acquitter de notre dette par nos actions vertueuses. Si nous avons cette sincère volonté, nous n’avons pas besoin de craindre pour notre dette inscrite dans le livre de comptes.

Qui sont ces « collecteurs qui circulent chaque jour » dont nous parle Rabbi Akiva et qui « se font rembourser par l’homme de gré ou de force » ? D’après la plupart des commentateurs, ce sont les forces de la Nature qui peuvent apporter soit le bien, soit la maladie et les souffrances. La pluie peu fertiliser un champ et l’enrichir ou le dévaster par une inondation. Le vent peut amener des nuages bénéfiques ou dans une tornade détruire des maisons et faire couler des bateaux dans la mer. Le soleil peut faire mûrir le blé et donner aux fruits toute leur saveur ou n’apporter que sécheresse et épidémies.

Ceci, en fait, est une faveur divine qui nous rappelle ainsi que notre vie est passagère, et que le bonheur n’est pas solide, afin que nous revenions, si nous nous sommes écartés du bon chemin. Toutes les forces de la nature, qu’elles soient bénéfiques ou malfaisantes, sont des messagers divins, envoyés pour récompenser ou pour punir selon Sa volonté.

Il n’y a pas de hasard dans le monde, et les éléments ne nous semblent fortuits que parce que nous ne savons pas saisir leur enchaînement.



 

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