Dvar Torah publiés par Tomer Debora

La Paracha Métsora commence par les mots : « Ceci sera la loi du Métsora (le lépreux) … » (Vayikra 14 ; 2) Hazal déduisent de ce Passouk que celui qui dit du Lachon Hara, toutes sortes de Négayim (taches) viennent sur lui. (Le mot Métsora est l’abréviation (Notrikone) de Motsi Chem Ra, dire du mal d’autrui.)

La Guémara Avoda Zara nous rapporte qu’un jour, Rabbi Alexandri cria à la ronde : « Qui veut la vie ? Qui veut la vie ? » Aussitôt, les gens se massaient autour de lui et lui disaient : « Donne-nous la vie ! » Alors il leur citait le Passouk dans Téhilim : « Quel est l’homme qui veut la vie ? … Préserve ta langue du mal et tes lèvres de paroles trompeuses ». Celui qui veut vivre vieux doit garder sa bouche de dire du mal et sa langue du mensonge, de la fourberie et du Lachon Hara.

Selon le proverbe bien connu : Tant qu’un homme ne sort pas un mot de sa bouche, il maîtrise ce mot. Il peut choisir de le dire ou de ne pas le dire, il en est encore le propriétaire. Mais dès l’instant où il aura prononcé ce mot, il n’aura plus aucune maîtrise de ce mot ; au contraire, c’est ce mot qui le dominera. Chacun peut à présent l’utiliser et lui donner le sens qu’il veut et parfois même un sens contraire au sens initial. Il nous suffit de voir combien certains hommes politiques passent de temps à expliquer leurs paroles déformées par les journalistes, et à dire que ce qu’ils ont dit à été mal compris, et qu’ils n’ont jamais voulu dire cela … Nous devons donc faire très attention avant qu’un mot ne sorte de notre bouche. Et encore plus si nous parlons sur quelqu’un, car nous ne savons absolument pas comment nos paroles seront interprétées.

Le Midrach Yalkout Chimoni sur le Téhilim 52 relate que Rabban Gamliel a demandé à son serviteur Tavi d’aller lui acheter au marché le meilleur morceau de l’animal. Ce dernier est revenu avec une langue. Quelque temps après, il lui demanda de lui acheter le morceau de viande le plus mauvais et il lui rapporta aussi une langue. Alors Rabban Gamliel s’étonna et lui dit : « Il faudrait savoir, quand je te demande le meilleur morceau de viande tu m’apportes une langue et quand je te demande le plus mauvais tu m’apportes aussi une langue. Tu dois choisir, ou la langue est le meilleur morceau ou c’est le plus mauvais. » Tavi lui répondit : « Cela dépend, si on l’utilise pour le bien, pour la Tora, la vérité et la morale, alors c’est le morceau de viande le meilleur. Mais si on l’utilise pour dire des bêtises, du mensonge, du Lachon Hara et du colportage, alors c’est le plus mauvais morceau car il déclenche des querelles entre les hommes et il peut même entraîner la mort. »

Ce Midrach continue avec Rabbi qui a invité ses élèves à un repas, il leur a servi à manger de la langue. Certaines étaient normalement cuitent et donc tendres, et d’autres étaient très cuites et très dures. Les élèves ont préféré choisir les langues tendres et ont laissé celles qui étaient dures. Rabbi c’est alors adressé à eux et il leur a dit : « Mes chers élèves, voyez ! Vous avez tous choisi des morceaux de langues tendres, faîtes en sortes que vous aussi quand vous parlerez votre langue soit “tendre” envers votre prochain. »

Toujours dans ce même Midrach, Rabbi Yossi Ben Zimra dit : « Nous savons que nous avons 248 membres dans notre corps (les hommes), certains sont debout, d’autres penchés ou droits. Mais la langue, elle, est enfermée dans une prison, avec les joues qui l’entourent et les dents et les lèvres qui lui servent de barrières, et combien de malheurs arrivent à cause d’elle ! Pourtant, elle est couchée, si elle était debout ce serait encore pire ! C’est ce que dit le Passouk dans Michlé (18 ; 21) : « La mort et la vie sont dans la main de la langue ! »

La Guémara Arahin (15b) affirme que celui qui dit du Lachon Hara tue trois personnes : celui qui parle, celui qui écoute et celui dont on parle. Elle conclue en disant : Si l’on veut vivre, qu’on se serve de sa langue ; si l’on veut mourir, qu’on se serve de sa langue. 

Le Midrach Yalkout Shimoni sur le Téhilim 34 rapporte l’histoire suivante : Un jour, un roi Perse tomba gravement malade. Ses médecins lui dirent que la seule chose qui puisse le guérir était du lait de lionne. Où trouver du lait de lionne ? Et surtout comment s’approcher de la lionne et lui prendre son lait ? Un serviteur fidèle du roi se proposa pour aller chercher ce lait exceptionnel. Il prit avec lui dix chèvres et alla dans une fosse aux lions. Là-bas se trouvait une lionne qui allaitait ses petits. Le premier jour, il se tint éloigné et lui jeta une chèvre que la lionne mangea. Le deuxième jour il s’approcha un peu et lui jeta une autre chèvre que la lionne mangea également. Il fit ainsi les jours suivants, à chaque fois il s’approchait un peu plus et il jetait une chèvre à la lionne. Si bien que le dixième jour quand il jeta la dixième chèvre il se trouvait juste devant la lionne. Pendant qu’elle mangeait la chèvre il en profita pour lui traire son lait tant désiré. Tout heureux de ses prouesses il retourna chez le roi avec son précieux lait. En chemin il fit un rêve, c’étaient ses propres membres qui discutaient entre eux pour savoir à qui revenait le mérite de cet exploit. Ses pieds s’enorgueillirent en disant : « Nous sommes les plus forts de tous les membres, sans nous nous n’aurions pas pu nous approcher de la lionne. » Les mains s’exclamèrent : « Mais non, c’est faux ! C’est nous les plus importants, sans nous rien n’aurait pu être fait. » Le cœur s’interposa alors et dit : « Il n’en est rien. C’est moi le plus fort car c’est moi qui ai donné ce conseil et sans moi vous ne valez rien. » Ils étaient en train de se disputer ainsi quand la langue pris la parole : « Vous vous trompez tous, si je n’étais pas là pour parler au roi notre homme n’aurait rien fait. » À ce moment là, tous les autres membres lui tombèrent dessus : «  Quoi ? Comment oses-tu dire cela et te comparer à nous ? Reste dans ta prison toute obscure et tais-toi. » La langue vexée leur répondit simplement : « Un jour vous verrez que c’est moi qui vous commande tous ! »

L’homme se réveilla, il ne comprenait pas son rêve, il continua son chemin jusqu’au palais royal. Il dit au roi : « Sire, voici le lait de chienne que vous m’avez demandé. » Le roi s’emporta aussitôt devant une telle insolence et donna l’ordre de le pendre. En chemin vers la pendaison les membres du corps du serviteur pleuraient et se lamentaient sur leur mort prochaine. La langue s’adressa à eux toute fière en disant : « Ne vous avais-je pas dit que j’étais plus forte que vous tous. Vous voyez où je suis capable de vous emmener avec mes paroles, si je vous sauve de cette pendaison accepterez-vous ma supériorité ? »  Tout de suite tous les membres acceptèrent. L’homme demanda alors à ses geôliers de le ramener vers le roi car il avait des choses importantes à lui dire. Une fois devant le roi le serviteur lui dit : « Sire, pourquoi m’avez-vous condamné à mort ? » « Car tu m’as apporté du lait de chienne au lieu du lait de lionne. » lui répondit le roi. « Sire, premièrement, l’essentiel c’est que vous soyez guéri, peut vous importe si c’est grâce au lait de lionne ou de chienne. Si le lait de chienne guéri aussi tant mieux. Deuxièmement, on appelle aussi une lionne une chienne. » Le roi fit vérifier le lait qu’il avait apporté et il s’aperçu que c’était du lait de lionne. Il libéra son serviteur. Tous les membres du serviteur s’exclamèrent : « La mort et la vie sont dans la main de la langue ! »

Mais même dire du bien des autres n’est pas évident. La Guémara Arahin (16a) nous dit au nom de Rav Dimi : Que signifie le Passouk dans Michlé (27 ; 14) : « Si l’on bénit son prochain à haute voix et de grand matin, cela sera compté comme une malédiction. » ? Supposons, par exemple, qu’un homme ait reçu l’hospitalité et qu’on se soit beaucoup dépensé pour lui faire honneur. Le lendemain, il sort sur la place publique en disant : « Qu’Hachem bénisse untel, qui s’est tellement dérangé pour moi ! » Si des gens l’entendent, ils iront importuner son hôte. La Guémara continue et dit : Il ne faut jamais dire du bien de son prochain car on en viendra par là à en dire aussi du mal.

Nous voyons que Hazal ont mis la barre très haute, puisque ce n’est pas seulement du mal qu’on ne doit pas dire mais même du bien nous devons nous en empêcher d’en dire si cela n’est pas nécessaire. En effet, combien Hazal ont raison, nous le remarquons tous les jours,  on commence par dire du bien de quelqu’un, et ensuite comme par magie, la conversation glisse sur le mal, car il a bien au moins un petit défaut …

Nous finirons avec une très jolie parabole : Un jour, le lion, roi des animaux, avait faim. Cela faisait plusieurs jours qu’il n’avait pas mangé. Il avait tellement faim que son haleine en était devenue épouvantable. Il décida d’aller vers la forêt pour y trouver de la nourriture. En chemin il vit un âne, gros et gras. Le repas idéal pour un lion quand il a faim. Cependant, moralement cela ne se fait pas de manger un âne sans raison, même si on est le roi des animaux. Le lion avait quelques scrupules. Aussi, il s’approcha de l’âne avec ruse. Il lui demanda : « Dis-moi, comment trouves-tu mon haleine ? » L’âne sentit l’haleine du lion mais il eu un mouvement de recul tant elle était mauvaise. Il dit : « Ho ! Majesté, votre haleine est très mauvaise. » Le lion alors s’énerva contre le pauvre âne en disant qu’il manquait de respect au roi et qu’il serait puni de mort pour cette offense. Il se jeta sur lui et le dévora. Il assouvit ainsi sa faim, mais au bout de quelques jours il eut de nouveau faim et il retourna vers la forêt. Il vit un cerf bon à manger et il lui posa à lui aussi la même question : « Dis-moi, comment trouves-tu mon haleine ? » Le cerf avait entendu comment avait fini l’âne, il avait donc peur de dire la vérité. Il dit : « Majesté, votre haleine est tout à fait normale. » le lion cette fois encore s’emporta et accusa le cerf de se moquer de lui car tout le monde pouvait sentir combien son haleine était mauvaise. Il devait être puni de mort, le lion se jeta sur lui et le dévora. Ce repas le cala pendant quelques jours mais après la faim revint. Le lion retourna encore vers la forêt et là il vit un renard, le plus rusé de tous les animaux, et il lui demanda : « Dis-moi, comment trouves-tu mon haleine ? » Le renard ne savait quoi répondre car, bien sûr, il était au courant de se qui était arrivé à l’âne et au cerf et il ne tenait pas à devenir le prochain repas du lion. Aussi il dit : « Majesté, je suis vraiment désolé, mais je suis très enrhumé depuis plusieurs jours, et je n’ai plus d’odorat. Je ne peux donc pas vous répondre. Pardonnez-moi de ne pas pouvoir accomplir votre volonté. » Le lion ne pouvait plus rien dire, il le laissa donc s’en aller et c’est ainsi que le renard fut sauvé d’une mort certaine grâce à son intelligence.

La morale de cette histoire est évidente, nous parlons trop souvent pour ne rien dire, et dans le flot de nos paroles nous disons aussi des choses qu’on n’a pas le droit de dire. Nous donnons notre avis sur tout, comme si on était mieux que l’autre. Si tu te permets de juger c’est que tu es mieux que l’autre car sinon tais-toi ! De quel droit portes-tu un jugement sur ton prochain alors que tu ne vaux pas mieux que lui ? Quand on nous demande notre avis, sur quelqu’un, sur une situation donnée ou sur quelque chose, apprenons, comme le renard à être enrhumé : « je ne sais pas, je ne connais pas, excuse-moi. » Ne disons rien, ni du bien ni du mal ! C’est seulement ainsi que nous nous préserverons de grands malheurs présents et à venir.

Qu’Hachem nous aide à toujours nous renforcer à garder notre langue. Amen.

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